Biblio'Brousse

Bobo-Dioulasso, le 20 mars 2012

Ne faites pas cette tête d’examen, voyons… ce n’est pas bien méchant…

Voici la deuxième lettre d’information de l’année 2012 ! Année déjà pas mal entamée ! En ce mois de mars l’harmattan bat son plein et j’écris cette lettre depuis une ville de Sya embrumée et enrhumée. Je n’ai pas résisté à l’envie d’aller sillonner la ville pour prendre quelques clichés et me laisser absorber par le délicieux voyage occasionné par cette atmosphère de ville fantôme.

C’est ce climat quelque peu débilitant qui a servi de décor aux examens marquant la fin de la première session de formation de l’année Biblio’brousse. Elle concernait sept classes de Première du Lycée Ouezzin Coulibaly (L.O.C). Cette évaluation qui clôt les quelques seize séances d’apprentissage des outils informatiques indispensables aux tâches les plus courantes était (en témoigne  l’ambiance que l’on pouvait observer) très attendue par les élèves, quoique avec un soupçon d’inquiétude.

A mesure que l’on s’approchait du jour des compositions l’angoisse était de plus en plus palpable et l’on n’avait pas besoin de tendre l’oreille pour connaître le principal sujet de conversation au sein des groupes. J’ai pu toucher du doigt l’état d’esprit des élèves en les côtoyant discrètement. Bien qu’étant pour la plupart relativement confiants, certaines craintes apparaissaient néanmoins. Une sorte de trac pouvait se lire sur les visages et dans les gestes. Il revenait très souvent dans les discussions la crainte de ne pas terminer une épreuve dans le temps imparti ou d’avoir droit à des épreuves ardues. Nombreux sont également ceux qui craignaient de paniquer pendant la composition et d’ainsi commettre des erreurs.

Le jour J ! La nervosité des élèves, jusque-là sous-jacente, est à son comble. Ca parle et ça gesticule énormément. Il y en a qui sont cependant silencieux et dans leur coin. Concentrés? Préoccupés ? Ou sereins ? On se donne du courage les uns les autres comme on peut. Une tape par-ci, un « ça va marcher ! » par là ; on alterne optimisme et incertitudes à une minute d’intervalle, un éclat de rire jaillit (un exutoire ?) qui a le mérite de détendre l’atmosphère et de dédramatiser comme ce « ça passe ou ça casse ! » qui prend une dimension quasi-philosophique dans cette situation.
Pour se rassurer certains procèdent à une ultime révision à laquelle ils sont obligés de mettre fin dans la minute qui suit. « C’est l’heure ! » annonce Fabrice. Tout le monde rejoint le bus. Timidement pour les uns, résolument pour les autres…

Lorsqu’ils descendent du bus une demi-heure plus tard, les mines sont visiblement plus détendues. Il y a beaucoup de larges sourires et on discute bruyamment. Je m’enquiers auprès d’une jeune élève de la classe de 1ère  de son sentiment : « C’était mangeable ! A part deux ou trois os qui ont nécessité un peu de transpiration ! » me renseigne t-elle, souriante. Un autre : « Au début j’ai perdu un peu de temps parce que je me suis emmêlé les pinceaux, mais finalement je me suis ressaisi et ça c’est très bien passé. J’ai même eu quelques minutes pour relire et vérifier ! ».Un groupe d’élèves confirment l’optimisme général qui apparaissait déjà avec peu d’ambiguïté : « Ca commence très bien ! »

A la fin de la dernière épreuve, un élève me confie qu’il est plutôt content de son travail et escompte même la mention « Excellent » autrement dit un sans faute, 20/20 ! C’est le moins que l’on puisse lui souhaiter !

Toutefois au-delà de toute cette ambiance autour de l’examen, il faut savoir qu’au terme de la formation, la grande majorité des élèves est nantie du diplôme Biblio’Brousse qui est d’ailleurs reconnu par le ministère de l’enseignement secondaire et supérieur.
Le taux de réussite le plus faible jamais connu est de 92%. Les rares recalés reçoivent une attestation qui, bien que se situant un degré en dessous du document susmentionné constitue un atout non négligeable dans un C.V. Il n’est pas inaccoutumé de rencontrer des personnes qui viennent suivre la formation afin d’acquérir des aptitudes exigées par une offre d’emploi particulière. J’ai par exemple eu l’occasion de discuter avec quelqu’un pour qui le diplôme ou l’attestation était synonyme de sésame. Un poste de gérant de cybercafé l’attendait en effet, et une fois le diplôme ou l’attestation en main, il pourrait commencer immédiatement.

A l’issue d’une semaine d’examen, j’ai pu demander à Matho son commentaire sur les évaluations. Il était assez satisfait du déroulement des épreuves et m’a laissé entendre que les premières corrections étaient bonnes. « Il y a beaucoup de très bonnes notes. Je pense que le taux de succès de cette session ne devrait pas être en dessous de ceux que nous avons l’habitude de connaître. En fait, les rares ajournés le sont très souvent plus à cause de regrettables erreurs de dernière minute qu’en raison d’insuffisances. Il s’agit généralement de cas de mauvaise manipulation. Il arrive qu’un élève au moment d’enregistrer tout le travail qu’il vient de terminer choisisse par mégarde l’option non qui va littéralement tout annuler ».

Avant d’ajouter : « Malgré tout, restons prudents. Il est trop tôt pour être sûr, on attend de voir. En tant qu’instructeur c’est également une période importante étant donné que c’est le moment de faire le point sur les connaissances effectivement acquises par les élèves. Lorsque l’on transmet des connaissances, même avec de l’expérience et une méthode éprouvée, on est en permanence en train de se demander dans quelle mesure les informations sont assimilées par les élèves. De bons résultats lors d’un examen sont vécus par tout instructeur comme une inestimable récompense pour tous les efforts fournis et un puissant encouragement pour la suite, contrairement à l’idée que se font les élèves… ».
Les élèves, loin de se préoccuper de telles questions, sont quant à eux naturellement pressés de recevoir leurs notes et d’être fixés…

Pour parler également des avancées qui se concrétisent dans la cour du Biblio’Brousse, soutenu par l’ONATEL (Office National des Télécommunications), notre partenaire local, le cyber café associatif a vu le jour. Il permet d’offrir une connexion haut débit à des tarifs accessibles à tous. Ce cyber café associatif offre ainsi au Biblio’Brousse le petit plus qui manquait pour « boucler la boucle », si je puis dire : un lieu de formation à l’outil informatique, de culture et de travail avec la bibliothèque et désormais un espace ouvert sur le monde avec un accès internet de qualité.

Le monde du Biblio’Brousse a accueilli au cours du mois de février dans ses murs très ouverts Marie-Samantha Salvy, une jeune cinéaste, photographe et slameuse franco-togolaise venue présenter au Burkina-Faso (dans le cadre d’une tournée sous-régionale) sa toute première œuvre cinématographique intitulée « Lomé Vivina ! » qui signifie « Il fait bon vivre à Lomé ! » : capitale du Togo. Ce fut un immense honneur pour nous de la recevoir d’autant plus que Biblio’Brousse accueille la première projection de ce film au Faso.

Cette œuvre d’une demi-heure au concept peu commun (le genre de films qu’il est rare de voir sauf dans des cercles et festivals de cinéma alternatif et expérimental) n’a pas laissé l’assistance indifférente. Face à ce documentaire réalisé essentiellement à base d’images fixes et d’ambiances sonores, les spectateurs n’ont pas manqué d’exprimer leur intérêt au cours de la discussion qui a suivi la projection. Moussa (qui travaille comme veilleur de nuit à Biblio’Brousse) a fini par rester jusqu’à la fin, lui qui projetait d’aller suivre le quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui se jouait au même moment.

LOME VIVINA est un documentaire photo  sur l’étonnant phénomène du sport collectif dominical à Lomé, au Togo.  Manifestation sans cesse renouvelée depuis maintenant plus de vingt ans, qui réunit des milliers d’habitants de la capitale togolaise pour un jogging en bord de plage, tous les dimanches dès les premières lueurs du jour depuis maintenant plus de vingt ans et qui a acquis statut d’institution au fil des années.
Cette habitude perdure au-delà des divergences religieuses, ethniques et sociales.
Au terme d’une soirée très riche en découvertes Marie-Samantha, avec qui j’ai en outre pu échangé en qualité d’animateur d’atelier d’écriture, nous a fait part de son souhait de revenir montrer « Lomé Vivina » dans plusieurs lieux du Burkina, dont Biblio’Brousse.

Je termine cette lettre hors de Biblio’Brousse, en vous informant que la ville de Bobo, capitale culturelle du Burkina-Faso est actuellement en pleine ébullition et en train de se faire belle pour accueillir la Semaine Nationale de la Culture (S.N.C), manifestation biennale qui réunira des centaines d’artistes, d’artisans, de sportifs… venant de tous les coins du Burkina, pour faire connaître les richesses culturelles dont il regorge. Des délégations internationales sont également attendues et la grande foire qui accompagne cet évènement national considérable sera pour les festivaliers étrangers ou nationaux l’occasion de se faire une idée de ce qui se fait au Burkina en matière d’art et d’artisanat notamment. On s’apprête donc à vivre une belle semaine de fête au rythme de spectacles de danse, de musique, de théâtre et j’en passe !

Voilà chers adhérents et partenaires ! C’est ce qu’il y avait à dire pour l’essentiel au sujet de la vie et des actions de l’association. La deuxième session de formation est lancée et s’adresse à trois lycées, à savoir le Lycée Municipal Vinama Thiémounou Djibril (L.M.V.T.D), le Collège de l’Avenir (C.A) et le Lycée Provincial Mollo Sanou (L.P.M.S) pour un  total de 482 élèves qui vont chaque semaine jusqu’en juin, venir s’asseoir dans le bus et s’initier à l’informatique.
Rendez-vous à la prochaine newsletter pour d’autres nouvelles Biblio’broustique. A très bientôt !

Hannibal

PS : Renouvellement des adhérents pour l’année 2012

Chers adhérents et adhérentes, nous n’avons pas oublié de relancer les cotisations pour l’année 2012, et comme chaque année depuis 8 ans maintenant (et oui les premiers adhérents remontent à l’année 2004 !), votre soutien permet de faire vivre ce lieu de formation et d’accès aux outils informatiques unique dans le pays, un lieu de culture également par l’accès aux nombreux ouvrages de la bibliothèque.
Habituellement le renouvellement se fait au cours du mois de février ou mars, avec à chaque fois le concours d’un artiste local qui exprime son talent pour réaliser une œuvre sur le Biblio’Brousse. La création 2012 a pris du temps à se réaliser et malheureusement le résultat, à l’unanimité, n’a pas rencontré un écho satisfaisant. L’art étant très subjectif, nous laissons à chacun le soin de contempler ce petit tableau qui a été réalisé.
Nous avons donc demandé à un autre artiste de plancher sur le sujet, l’œuvre vient de nous être livrée, reste le passage chez l’imprimeur à Ouaga et elle se retrouvera dans votre boîte aux lettres.
Toutes nos excuses pour ce petit retard !

→ Téléchargez cette page au format PDF : nouvelles-mars2012.pdf

Classé dans : Médiathèque

Introduire l’ordinateur et les nouvelles technologies comme un rouage de son propre système, comme le préconisait Joseph Ki-Zerbo, permet de donner à tous la possibilité d’accéder à l’information, d’améliorer ses opportunités d’emploi et de s’ouvrir sur le monde.

Le Biblio’Brousse est un bus culturel multimédia proposant depuis 2005 une formation informatique et multimédia aux lycéens et au grand public des villes rurales du Burkina Faso.

A ce jour, plus de 7200 personnes ont été formées par l’association Biblio’Brousse, dont la majorité à moins de 25 ans.

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