Biblio'Brousse

Tenkodogo, pays bissa, de février à juin 2008

Tenkodogo 2008

Ne te laisse pas lécher par qui peut t’avaler !

Tenkodogo, le 25 juin 2008

Les nouvelles du Biblio’Brousse sont moins fréquentes mais d’autant plus denses, car il nous faut condenser en quelques lignes des mois d’anecdotes et de travail biblio’broustique. Tenkodogo a tenu ses promesses : cette ville très dynamique nous a amené le plus grand taux de fréquentation et de réussite de l’histoire du Biblio’Brousse (98% de réussite à l’examen pour 390 élèves formés), mais surtout beaucoup de plaisir à former des élèves extrêmement motivés (qu’il fallait même chasser du bus à chaque fin de cours, certains élèves ayant menacé d’un sit-in pour obtenir un bonus de formation !).

Mais les problèmes de « vie chère » se font de plus en plus sentir sur le Burkina, et la fin de l’année marque aussi la fin des réserves puisque arrivé le mois de juin, il n’a généralement pas plu depuis octobre, qui a marqué la fin des récoltes. Dur donc de joindre les deux bouts, et nous avons dû aider certains élèves qui ne pouvaient plus suivre la formation, faute de nourriture, et devaient rentrer au village, en famille. Car dans ces villes rurales, la majorité des élèves ont leurs familles dans des villages parfois éloignés de 100 km et très isolés. Seuls les enfants les plus méritants (ou les garçons) sont envoyés en ville pour y étudier. Parfois dès le collège, ils doivent se débrouiller seuls (quand ils n’ont pas la chance d’avoir une tante éloignée qui vit en ville) pour se loger, se nourrir et étudier. Régulièrement ils doivent aller au village pour prendre l’argent qui leur servira à vivre pendant le mois.

L’heure du grand déménagement arrivée, nombreux sont les élèves, très satisfaits de la formation et des diplômes obtenus, qui sont venus apporter des cadeaux aux formateurs (certains plus inhabituels que d’autres) : du litre de lait, en passant par les chaussures, les dessins et les culottes en dentelle ( ?!!). Et chacun a comme toujours mis la main à la patte pour nous aider à faire rentrer les centaines de kilos de matériels éparses dans ce « petit » bus, épreuve qui relève plus du casse-tête chinois que du simple rangement.

Arrivée la fin de l’année – et la fin des récoltes – les parents ont de plus en plus de mal à sortir l’argent nécessaire, ainsi rappellent-ils au village les élèves expatriés. Car il est toujours moins coûteux de nourrir sur place ses enfants. En ces moments difficiles, nous avons donc sorti de plus grandes marmites afin de leur permettre de passer leur diplôme, sanctionnant 4 mois d’efforts, et valorisant leurs nouvelles compétences.

Mais la « vie chère », qui fait enfler les prix comme des calebasses, va rapidement poser des problèmes pour tous, et pour les élèves en particulier. Un exemple : le prix du bic (l’outil essentiel aux études !) a augmenté d’environ 25%, et beaucoup d’élèves comptent maintenant sur leur seule mémoire pour retenir les cours. Sans parler bien sûr du prix du riz, de l’huile, du lait, du savon etc etc etc… Les kiosques (petits restaurants très fréquentés dans lesquels on peut manger un plat de riz pour 250 F (0.40 €) et boire un nescafé pour 75 F (0.12 €)) ont sérieusement réduit les portions servies, préférant éviter une augmentation franche des prix. La rumeur gronde, et cette rumeur en inquiète plus d’un, que ce soit au Burkina ou ailleurs. Tout le monde espère donc que cette année la pluie viendra en abondance pour apaiser les esprits (et les estomacs) et ne pas rajouter de problème climatique à la morosité ambiante.

La fête de départ du Biblio’Brousse est donc venue adoucir pour quelques heures ce grondement sourd. Au programme : quelques boissons, brochettes et musiques à rendre sourd les voisins. Une surprise pour l’équipe du Biblio’Brousse : le nombre d’élèves (de tous les publics) ayant répondu à notre invitation : plus de 250 personnes ! De quoi déborder une équipe déjà bien fatiguée par la fin de l’année ! Mais l’ambiance était tellement chaleureuse et survoltée que notre fatigue s’est envolée pour la soirée, malgré les centaines de sollicitations à poser devant le photographe (déplacé spécialement pour le (lucratif) événement). Dès le lendemain de cette fête survoltée, de nombreux élèves sont venus nous aider à charger le bus, qui a pu partir avec une journée d’avance sur les prévisions. Le bus a donc repris la route, et pour une fois sans mauvaise surprise (ce qui ne fut pas désagréable !).

La fin de l’année marque aussi l’heure des bilans. Cette année le Biblio’Brousse a reçu plusieurs financements, notamment pour la réalisation de son projet de logiciel éducatif Boala.

Depuis juillet 2007, l’association Biblio’Brousse planche sur la création d’un logiciel novateur proposant de nombreuses ressources pédagogiques (annales, exercices corrigés, cours, encyclopédies…) et offrant les possibilités d’internet (création de site web, de blog, forums etc) sans que les salles informatiques des lycées ne soient nécessairement connectées à l’Internet. Mais comment est-ce possible me direz-vous ? Par un système de clé USB : l’administrateur du centre charge les mises à jour de sa salle sur une clé USB, se connecte dans un cyber, envoie ses mises à jour et reçoit celles des autres centres. Autrement dit, si la personne va tous les jours se connecter quelques minutes dans un cyber, toute la salle informatique a exactement les mêmes mises à jour que sur Internet. Le logiciel Boala (qui signifie en langue nationale « invitation »), va donc permettre aux lycéens de palier l’absence de bibliothèque et de passer outre le prix exorbitant des connexions internet dans les salles informatiques.

Deux partenaires de taille ont soutenu cette initiative cette année : le Ministère des Affaires Etrangères français et la Francophonie. Plusieurs associations se sont également associées au projet, dont l’association EAH, avec laquelle le Biblio’Brousse a créé un partenariat et qui possède un projet similaire implanté sur le Burkina. Un objectif : regrouper les initiatives pour fédérer les idées et leur permettre une plus grande adéquation avec les attentes des publics.

Le fonds Vivendi a également été très emballé par le Biblio’Brousse, et souhaite soutenir nos actions. Le Ministère de l’Education burkinabé, quant à lui, consulte l’Assemblée pour soutenir plus concrètement le Biblio’Brousse (notamment par la prise en charge des salaires des formateurs locaux). Et l’ONG Plan International (organisation britannique) souhaite intégrer le Biblio’Brousse dans son fonctionnement et apporter ainsi un appui administratif et financier pour la pérennité.

Et puis toujours vous, qui adhérez au Biblio’Brousse et qui faites notre lien avec le solidaire. Cette année, 160 adhérents ont renouvelé leur adhésion, et nous avons accueilli 8 nouveaux membres. 80 adhérents n’ont pas souhaité soutenir cette année le Biblio’Brousse… ou bien ont tout simplement oublié de le faire ! Nous les attendons impatiemment.

Enfin cette année pas d’Assemblée Générale, du moins pas festive. En revanche, l’année prochaine nous souhaiterions organiser une grande Assemblée Générale et faire venir l’ensemble de l’équipe du Biblio’Brousse pour vous les présenter. Ainsi Matho, Kossi, Nathalie et Fati devraient visiter la France à cette occasion. Bien entendu nous communiquerons plus largement sur cet événement « international » ( !) auquel vous êtes tous conviés (et même très attendus).

Bonnes vacances pour tous ceux qui ont la chance d’en prendre,
Bon courage pour ceux qui profiteront du soleil au bureau.

Le soleil ne fait pas bouillir la marmite

Tenkodogo , le 10 mars 2008

Plusieurs mois se sont écoulés depuis les dernières nouvelles données… Et plusieurs mois c’est autant de moments de vie. Depuis février, le Biblio’Brousse a donc fini ses activités sur Dori. La fin fut mouvementée et surtout marquée par la fête de départ du grand bus où quelques 200 élèves ont répondu présents. Le froid aidant (même si cela peut paraître incongru, à cette époque de l’année, le froid du désert sahélien marque les esprits (nous avons enregistré la nuit 10° au thermomètre Biblio’Brousse): Matho (très frileux) a même dû enfiler doudoune et double pantalon pour pouvoir faire cours !!) l’ambiance fut chaude, tout le monde étant obligé de se serrer sur la piste pour ne pas rester à grelotter au bord.

De la danse du poulet-grippé (un reste de l’alerte à l’épidémie de grippe aviaire, qui simule les derniers spasmes d’un poulet) à celle du chien-qui-pisse (qui consiste à danser, une jambe en l’air), les rythmes ivoiriens ont marqué comme toujours les soirées « ambiancées ».

L’heure du grand déménagement arrivée, nombreux sont les élèves, très satisfaits de la formation et des diplômes obtenus, qui sont venus apporter des cadeaux aux formateurs (certains plus inhabituels que d’autres) : du litre de lait, en passant par les chaussures, les dessins et les culottes en dentelle ( ?!!). Et chacun a comme toujours mis la main à la patte pour nous aider à faire rentrer les centaines de kilos de matériels éparses dans ce « petit » bus, épreuve qui relève plus du casse-tête chinois que du simple rangement.

Le grand bus a donc repris sereinement la route pour sa nouvelle destination : Tenkodogo, en pays Bissa, proche de la frontière du Togo, disant au revoir aux peuls et au Sahel qu’ils ne reverront certainement pas d’ici quelques années.

Mais l’allégresse qui règne dans le bus pendant chaque voyage fut ponctuée d’une grosse frayeur : à mi-parcourt, l’explosion (véritable) d’un pneu arrière a fait régner durant quelques secondes un silence paniqué. Le chauffeur, de marbre, a bien géré cet incident, mais il fut longuement commenté, notamment sur les causes de l’explosion.

Plusieurs hypothèses furent avancées : la chaleur excessive de la route, l’âge avancé du pneu, mais aussi (et surtout) le transport d’un bidon de miel. En effet, la coutume veut que si l’on transporte du miel, il faille badigeonner avant le départ les roues du véhicule, sinon un incident (pouvant aller jusqu’à l’accident) se produira sur le trajet. Nous avions effectivement oublié d’enduire les roues du bus… Si nous avions eu à bord un canard, il aurait fallu lui bander les yeux, car nous aurions pris le risque de faire basculer le bus à chaque passage de point d’eau (le canard étant tenté logiquement de rejoindre son élément). Cet incident a eu l’avantage de nous renseigner sur les précautions à prendre avant chaque départ : nous serons plus vigilant la prochaine fois.

Mais dans le cas où cela aurait également pu influencer le cours des évènements, nous avons remplacé les roues avant usées du bus (!!). Nous avons donc atteint sans autre dommage notre destination finale (pour cette année scolaire), Tenkodogo. Tout le monde fut assez surpris de découvrir une grande ville, avec de nombreux bâtiments et constructions. Les Bissas sont apparemment pour beaucoup expatriés en Italie et aux Etats-Unis, et, très attachés à leur ville, ils investissent massivement dans son développement. Le bus a donc réussi a trouver une cour clôturée, vaste mais surtout remplie de manguiers (nous rappelant quelques souvenirs de Pô).

Et les mangues sont comme les moustiques : dans les débuts on ne pense qu’à ça, puis on finit par s’en lasser. D’autant que l’abus de mangues peut occasionner quelques dérangements du transit qui font que seules les chauves-souris et les moutons (apparemment immunisés contre la Diarrhée Manguière Fulgurante (terme médical de circonstance)) s’intéressent encore aux fruits tombés au sol. Les cours ont commencé depuis deux semaines déjà, et nous pensons avec nostalgie aux 10° de Dori. Car la chaleur nous a suivi à Tenkodogo, et le thermomètre monte progressivement dans le bus : il frôle gentiment les 39°…

Le renouvellement d’adhésion bat son plein, nous remercions de tout cœur les adhérents pour leur soutien mais également pour leurs messages. Ceux qui n’ont pas encore ré-adhéré passent à côté de l’inénarrable porte-monnaie Biblio’Brousse (cadeau de cette année) qui restera longtemps dans les mémoires olfactives (souvenir des chèvres de Dori).

Classé dans : Médiathèque

Introduire l’ordinateur et les nouvelles technologies comme un rouage de son propre système, comme le préconisait Joseph Ki-Zerbo, permet de donner à tous la possibilité d’accéder à l’information, d’améliorer ses opportunités d’emploi et de s’ouvrir sur le monde.

Le Biblio’Brousse est un bus culturel multimédia proposant depuis 2005 une formation informatique et multimédia aux lycéens et au grand public des villes rurales du Burkina Faso.

A ce jour, plus de 7200 personnes ont été formées par l’association Biblio’Brousse, dont la majorité à moins de 25 ans.

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